compte rendu du cercle de lecture du 18 décembre 2018

Thème, les livres, les auteurs

1/ Le mystère Henri Pick/David Foenkinos

En Bretagne, un bibliothécaire (qui se révélera un vrai personnage) décide de recueillir tous les livres refusés par les éditeurs, reprenant l’idée d’un célèbre roman américain. Ainsi, il reçoit toutes sortes de manuscrits. Parmi ceux-ci, une jeune éditrice découvre ce qu’elle estime être un chef-d’œuvre, écrit par un certain Henri Pick. Elle part à la recherche de l’écrivain et apprend qu’il est mort deux ans auparavant et qu’il était pizzaiolo. Selon sa veuve et sa fille, il n’a jamais lu un livre ni écrit autre chose que des listes de courses… Aurait-il eu une vie secrète ?

Cette enquête policière et littéraire, pleine de rebondissements, écrite comme une comédie pleine d’humour, offre un moment de détente agréable.

Sous ses dehors légers, ce livre pose les problèmes des difficultés relationnelles dans le couple, la famille ou le travail, de la manière dont l’échec, le talent ou le succès rejaillit sur l’image de soi y compris des proches ; il interroge aussi sur le rôle des médias dans les succès littéraires.

2/ Les livres ont un visage/Jérôme GARCIN

Écrivain mais aussi animateur du « Masque et la plume », cet amoureux des livres consacre sa vie à la littérature. Son livre ne relate pas des rencontres avec des auteurs mais avec des amis où il excelle dans les descriptions de paysages et d’atmosphère qui touchent particulièrement. Le premier chapitre est particulièrement réussi.

Si son style a fait l’unanimité parmi les lecteurs, il a été observé que tous les chapitres plus ou moins incisifs n’étaient pas d’un intérêt égal. Pour certains, le fait de ne pas connaître certains des écrivains était un écueil, pour d’autres cela permettait de découvrir des auteurs inconnus.

3/ Grâce et dénuement/Alice FERNEY

Dans une lointaine banlieue, une bibliothécaire, Esther vient lire des histoires à des enfants gitans.

Elle parvient peu à peu à les apprivoiser ;  C’est ainsi qu’elle brave le froid et la misère pour quelques heures de lecture. Alice Ferney dépeint ce camp de Roms, français depuis plusieurs générations, avec beaucoup de réalisme : les morceaux de ferraille et de verre jonchant la terre, les vêtements et les cheveux sales, parce qu’il n’y a ni eau potable ni électricité, et le plus terrible, cette frontière quasi infranchissable entre le monde des Roms et celui des Gadgé.

Les enfants sont conquis par les mots et peu à peu, Esther entre dans la famille et en devient l’observatrice. En accédant aux livres que leur lit Esther, les gitans découvrent un monde jusqu’alors inaccessible qui leur ouvre de nouvelles perspectives… ténues mais réelles.

« C’étaient les livres qui faisaient rêver la vieille. Elle n’en avait jamais eu. Mais elle savait, par intuition et par intelligence, que les livres étaient autre chose encore que du papier des mots et des histoires: une manière d’être. La vieille ne savait pas lire mais elle voulait ce signe dans sa caravane. »

 Esther essaie également de les scolariser mais ils pensent ne pas avoir leur place à l’école et de plus, ils y sont mal accueillis.

Cela pose la question de la différence. Angéline, la grand-mère, synonyme de transmission et de lien intergénérationnel est un personnage haut en couleurs dont la parole compte dans un univers violent où le sort des femmes n’est pas très enviable.

Ce roman touchant, au style ciselé, publié en 1997 est toujours d’actualité et rappelle que la soif de connaissance est ancrée au plus profond de chaque être et que l’apprentissage de la lecture en est le sésame magique. La romancière nous plonge alors dans les non-dits et nous livre les secrets d’une vie dure, pleine d’amour et de force pour lutter contre les éléments hostiles. Qu’ils viennent du temps qui passe avec ses regrets ou du temps froid qui fait ressentir de manière cruelle le dénuement.

Alice Ferney excelle à faire entendre les voix intérieures de ses personnages, leurs sentiments inavoués, leurs désirs brimés, leurs solitaires affrontements avec la fatalité.

4/ Les passeurs de livres de Daraya / Delphine Minoui

De 2012 à 2016, la banlieue rebelle de Daraya a subi un siège implacable imposé par Damas. Quatre années de descente aux enfers, rythmées par les bombardements au baril d’explosifs, les attaques au gaz chimique, la soumission par la faim. Face à la violence du régime de Bachar al-Assad, une quarantaine de jeunes révolutionnaires syriens a fait le pari insolite d’exhumer des milliers d’ouvrages ensevelis sous les ruines pour les rassembler dans une bibliothèque clandestine, calfeutrée dans un sous-sol de la ville.

Malgré l’état de siège asphyxiant, un petit groupe d’hommes découvrent et privilégient l’amour de la littérature, l’amour des mots, l’amour de la poésie comme une manière de comprendre leur histoire et comme un souffle d’espoir… 

« Le livre ne domine pas. Il donne. Il ne castre pas. Il épanouit. « 

 Ce récit, fruit d’une correspondance menée par Skype entre une journaliste française et ces activistes insoumis, est un hymne à la liberté individuelle, à la tolérance et au pouvoir de la littérature.

5/ La belle n’a pas sommeil / Eric Holder

Une presqu’île qui s’avance sur l’Océan, on y devine le Médoc venteux et ensoleillé de tous les derniers livres d’Éric Holder. L’intérieur de la presqu’île est boisé. Dans une grange au milieu de la végétation épaisse, Antoine a installé sa bouquinerie. L’endroit est quasi introuvable, et, sans l’intervention d’une mystérieuse madame Wong, le libraire crèverait de faim. 
Antoine paraît heureux dans sa tanière. Il caresse ses spécimens, les soigne, les habille de papier cristal, nourrit ses chats, s’interroge sur un voleur qui lui chaparde des livres, toujours du même auteur. C’est alors que déboule la blonde Lorraine, une conteuse professionnelle qui tourne de ville en ville. Antoine est vieux, aime se coucher à heure fixe : mais la belle n’a pas sommeil. 

Ce roman nous décrit un univers à la fois marginal, retiré du monde, singulier et attirant à la fois.

Un livre facile à lire, un sorte de fable touchante, poétique, qui parle d’une pause de vie, pour réapprendre « l’art de la lenteur » , la capacité de « regarder » autour de soi, un peu plus loin que les apparences…

En marge de la discussion sur les titres choisis ; un lecteur nous interpelle sur l’intérêt actuel à lire « Etrange défaite », de Marc Bloch, écrit en 1940, après la débâcle, lorsque Marc Bloch se réfugie en Creuse et s’en gage dans la Résistance. Il y fonde « les Annales » . Dans le livre dont il est fait mention plus haut , il s’interroge sur la défaillance des élites.

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