Feuilleton, chapitre 6

Chapitre 6

Et voilà, j’y suis, la voiture roule vers la Mairie. Sur le siège arrière dans ma robe de mariée, mon bouquet à la main, je tremble un peu. Le chauffeur me regarde dans le rétroviseur et me sourit.

Je vais me marier !

Tout s’est passé si vite ! La galère, ma rencontre avec Mikaël et sa mère, l’inscription à l’émission, le coup de téléphone de la production, les préparatifs…

J’ai une boule au ventre grosse comme une balle ce golf. Ah non pas ça ! Ça me fait trop penser à mon père, pas lui ! S’il savait…Je l’entends d’ici : « Ma pauvre petite fille, tu ne feras jamais rien de bon… »

Je peux encore reculer, dire non s’il ne me plaît pas, ou si moi je ne lui plais pas c’est peut-être lui qui dira non. Alors retour à la case départ…

Mais qu’est ce que je fais là ! Si on pouvait remonter le temps est-ce que je serais là prête à me marier avec un inconnu ?

Allez, je rembobine…

Je m’appelle Marianne, j’ai 26 ans. Jusqu’à l’année dernière je vivais dans une famille plutôt aisée : un père PDG, une mère qui n’avait d’autre intérêt que faire du shopping et boire le thé avec ses copines, et quelques petites apparitions dans une association caritative pour se donner bonne conscience. Bref, inexistante pour ses enfants. Mes parents ne mettaient en valeur que le fils aîné qui avait réussi, lui ! Alors que moi j’étais le vilain petit canard, toujours en rébellion ( c’est vrai que j’avais eu une adolescence à problèmes – mais à qui la faute? ). J’avais tenté plusieurs voies mais ça ne m’intéressait pas, et comme j’ai un don pour le dessin, j’ai voulu faire une école d’art. Mais de ça , pas question : pas d’artiste dans la famille ! Alors le jour où j’ai refusé une énième proposition de rentrer dans l’entreprise pour faire je ne sais quoi d’administratif ça s’est très très mal passé. J’avais « osé » dire non. Et pour finir il m’ont mise dehors !

J’ai juste eu le temps de prendre quelques affaires et ouste ! C’est dur quand même !

Je ne savais pas où aller, j’ai frappé chez Fanny, mon amie d’enfance et elle m’a ouvert les bras. Je lui ai tout raconté, elle m’a dit que je pouvais rester le temps de trouver une solution, mais au cours de la soirée elle a essayé quand même de me raisonner en me disant que j’aurais peut-être dû faire profil bas au moins pour un moment… J’avais bien l’intention de me débrouiller toute seule et de montrer que j’étais capable de prendre ma vie en mains. Pendant plusieurs jours j’ai traîné dans les rues, je voulais profiter de ma liberté, puis j’ai cherché des petits boulots car mes maigres économies fondaient à vue d’œil. J’ai frappé à de nombreuses portes sans succès. Comme il commençait à faire froid j’ai traîné dans les bars. Au début c’était sympa, je parlais avec des gens, avec les serveurs…ça a duré quelque temps, trop longtemps, je sentais que petit à petit, je sombrais.

Et puis un jour un type pas net m’a abordée, il avait dû pas mal boire et il ne voulait plus me lâcher. Quand ça a commencé à dégénérer j’ai voulu partir et il m’a poussée violemment. C’est Mikaël qui m’a sauvée. Je ne sais pas ce qu’il lui a dit ou fait mais le gars est parti sans demander son reste.

Mikaël, je l’avais déjà aperçu au bar, c’est pas vraiment mon genre mais il avait l’air d’un type bien et on s’était souri. Il m’a dit qu’il venait de temps en temps quand sa copine infirmière travaillait. C’était super qu’elle ait été au travail à ce moment là car sinon je ne sais pas comment je m’en serais sortie. Et pour le remercier j’ai voulu lui offrir un verre, mais quand j’ai vu ce que j’avais en poche j’ai bredouillé mal à l’aise que ce serait pour une autre fois. Il m’a parlé gentiment et je n’ai pas pu faire autrement que de tout lui raconter. Fanny avait besoin de la chambre et j’allais bientôt me retrouver à la rue. Il m’a donné rendez-vous pour le lendemain en me disant qu’il avait peut-être une solution.

Deux jours plus tard j’ai emménagé chez sa mère Violette qui m’a installée dans la chambre du frère de Mikaël qui ne vivait plus là.

Violette a été formidable avec moi, patiente surtout. Et un soir rentrant d’une énième galère je l’ai trouvée devant la télévision scotchée devant l’émission de téléréalité « Mariés au premier regard » Je me suis assise à côté d’elle, dubitative. Quand l’émission a été terminée elle s’est tournée vers moi et m’a dit : «  Pourquoi tu ne t’inscrirais pas ? ». J’ai éclaté de rire ! Se marier avec un inconnu ! N’importe quoi ! Ce n’est pas parce que je n’avais jamais trouvé la bonne personne qu’il fallait me jeter sur le premier venu. Elle est revenue à la charge le lendemain : « Qu’est-ce que tu risques ? Tout est payé : la robe, la coiffure, la réception, le voyage de noces .. Et même le divorce si ça ne marche pas. »

Ça m’a quand même trotté dans la tête pendant plusieurs jours et j’ai fini par en parler à Fanny. Elle est restée silencieuse un moment et puis elle m’a dit que c’était peut-être une chance pour moi, j’étais seule depuis trop longtemps. Et comme il n’était surtout pas question d’en parler à ma famille, elle m’ a répondu qu’elle ferait une sœur acceptable et que ses parents qui m’aimaient beaucoup accepteraient certainement de jouer le rôle des miens. Elle a même promis de rameuter des copains pour étoffer un peu la famille.

Alors sans plus réfléchir, j’ai accepté et je me suis inscrite.

Très vite j’ai reçu le questionnaire, il y avait plein de questions : sur mes goûts, mes désirs, mes envies, même des détails très intimes, sur mon caractère aussi, mon parcours, mes projets avec plein de détails… Là j’avoue que j’ai un peu triché. Si j’avais tout dit c’est sûr que je n’aurais pas été sélectionnée !

Je n’y pensais plus quand un jour, Violette, radieuse m’a tendu le téléphone en me disant qu’on voulait me parler (J’avais donné son numéro et son adresse sur le questionnaire) . Et là on m’a dit qu’on avait trouvé un homme compatible à 70 % , je n’en revenais pas…

Si j’étais d’accord je serais convoquée rapidement pour des entretiens avec des psychologues.

Et voilà c’était parti !

Je ne réalisais pas encore, Violette m’a encouragée et a tout de suite appelé Mikaël. Avec Fanny ils ont été présents tous les trois pour me soutenir et m’accompagner lors des préparatifs, Quand j’ai essayé la robe blanche je me suis à peine reconnue. Je ne pensais plus qu’à ça, partagée entre l’excitation de vivre une expérience pas ordinaire et l’angoisse de faire une grosse bêtise.

Et voilà, le jour J est arrivé, il fait un temps magnifique, la voiture s’arrête devant la Mairie, le chauffeur vient m’ouvrir la portière et je descends. Mon père de substitution m’attend sur le seuil et je prends son bras.

Tout le monde doit être déjà installé dans la salle, « lui », sa famille, la « mienne » Quand la porte s’ouvre et que nous avançons, le silence qui nous accueille m’angoisse.

Le futur marié se retourne… Je lui souris et il me dit Bonjour. Il est plutôt pas mal mais je lui trouve un regard un peu fuyant. Je sens qu’il est aussi intimidé que moi, aucun de nous deux ne sait quoi dire. Enfin ! Le Maire arrive . C’est le moment crucial où tout va se jouer.

« Mr Frédéric voulez-vous prendre pour épouse Melle Marianne ici présente ? » Il n’a pas hésité, il a dit « Oui » toute de suite, c’est donc que je lui plais. Le Maire se tourne alors vers moi : «  Melle Marianne, voulez-vous prendre pour époux Mr Frédéric ici présent ? » C’est le moment décisif, je le regarde un moment, incapable de réfléchir alors je dis « Oui ». On se passe les alliances puis Fredéric s ‘approche de moi un peu hésitant et me fait une bise sur la joue, tout le monde applaudit.

Il sourit il a l’air heureux et soulagé, moi aussi.

Je cherche du regard Violette et Mikaël au fond de la salle, ils ont l’air bizarre. Je suis déçue car ils étaient si contents pour moi !

Frédéric me prend la main pour sortir et quand on passe à leur hauteur il me serre à m’en faire presque mal.

Dans la voiture qui nous emmène sur le lieu de la séance photos, il ne parle pas et, je lui demande :

– Ça ne va pas ? Tu regrettes ? Il me réponds :

– Non non c’est pas ça ». Et puis : « C’est qui pour toi les deux personnes au fond de la salle ? « 

– Des cousins, tu les connais ?

– Non non…

Puis plus un mot…

On était tellement crispés tous les deux que je ne sais pas ce que vont donner les photos ,,,

C’est un splendide banquet qui nous attend, les invités sont déjà en place, tout le monde trinque aux mariés. Fanny fait un discours qui m’attire les larmes, je me lève pour aller saluer les invités, parler un peu avec ma « belle-famille », faire connaissance, et je m’attends à ce que Frédéric fasse de même avec la mienne. Mais il ne bouge pas il a l’air mal à l’aise .

Ça commence bien !

Son frère Rafaël est sympa et je trouve sa mère gentille bien qu’un peu extravagante.

La psychologue est là , elle nous tend une enveloppe : Nous allons partir en voyage de noces en Crète, c’est magnifique !

On ne peut pas dire que l’ambiance du repas ait été formidable, Fred et son frère se sont mis à l’écart pour discuter un moment et ça n’avait pas l’air d’être la joie. J’ai l’impression que Violette et Mikaël m’évitent…

Ce n’est pas vraiment le mariage dont j’avais rêvé !

Je suis presque soulagée quand quand l’heure est venue de quitter l’assistance. On va pouvoir être seuls.

3 propositions :

1 Ayant reconnu sa mère et son frère, Fred décide de tout dire à Marianne et elle fait de même 

2 Fred retourne les voir et les supplie de ne rien dire

3 Un invité surprise débarque à la fin du repas

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *