lu en février 2020, coups de cœur : Emmanuel Dongala, le feu des origines

Emmanuel Dongala, Le Feu des origines (1987)

 

 Emmanuel Dongala a une langue magnifique imagée, précise et rapide, de l’humour aussi pour dresser une grande fresque de l’histoire du Congo Colonial à travers l’histoire de son héros décalé, Mandala (la palme) Mankuku (celui qui défie les puissants).

Le livre est aussi bien une critique de la société ancienne que de la société coloniale.

L’enfant naît dans un village de la Brousse, mais sans témoin (seule une palme plantée par la mère sur le lieu de l’accouchement) et avec des yeux verts, ce qui fera douter de son humanité.

C’est un village où la Tradition qui structure la société est garantie par l’autorité des vieux Sages, mais celle-ci commence à être contestée. On y vit correctement mais l’équilibre est précaire. La cohésion de la société est minée par la superstition, les luttes de clan, les ambitions personnelles.

Le héros est fils de forgeron et a pour oncle maternel (référent dans la société matriarcale), un guérisseur féticheur. Curieux de tout, il excelle en tout : chasse, sculpture, fétichisme, connaissance des plantes qui guérissent mais très vite, il décèle les travers de son oncle qu’il considère comme un charlatan qui use de son art pour accumuler richesse et pouvoir.

Cet oncle devient chef du village au moment de l’arrivée des colonisateurs. Dongala expose sans concession la violence de la colonisation (travail forcé, impôts impossibles à payer, vols, viols, massacres) avec la complicité des potentats locaux. Notre héros s’oppose au chef du village.

Le voici impliqué dans la sanglante construction de la ligne de chemin de fer entre le fleuve Congo et la mer. Il change de monde en arrivant dans la ville multiculturelle du colonisateur. Il y connaît un mini « âge d’or », en devenant conducteur de train et en obtenant une identité et des papiers qui lui valent un nouveau prénom occidental, Maximilien.

Mais il y a vite de quoi déchanter avec l’enrôlement massif des Africains dans les conflits du XXe siècle, la première et surtout la deuxième guerre mondiale, sans retour de reconnaissance. Suivent les mouvements d’indépendance impitoyablement réprimés. De quoi laisser notre héros usé, désorienté se repliant sur la quête du « feu des Origines ».

 

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