Livres lus en mars 2020 journaux et mémoires L’abbé Mugnier

Abbé Mugnier, Journal de l’abbé Mugnier (1879-1939)

Arthur Mugnier, connu sous le nom d’abbé Mugnier, né le 27 novembre 1853 à Lubersac (Corrèze) et mort le 1er mars 1944 à Paris, est un prêtre catholique français, vicaire dans différentes paroisses de Paris puis chanoine. Chargé en 1840 de la restauration du château de Lubersac par le marquis de Lubersac, le père d’Arthur Mugnier mourut prématurément et le marquis prit sous sa protection les enfants Mugnier. Il permit l’entrée du jeune Arthur au séminaire de Nogent-le-Rotrou. Vicaire à Saint-Nicolas-des-Champs, paroisse populaire du quartier des Halles puis, à partir de 1881 à la très élégante église Saint-Thomas-d ‘Aquin, il est nommé en 1896 vicaire à la paroisse huppée Sainte-Clotilde.

De 1879 à 1939, l’abbé Mugnier a tenu un journal soixante ans de vie sacerdotale et mondaine de celui qu’on a pu appeler le « confesseur des duchesses ». Dans les salons parisiens les plus huppés, l’abbé Mugnier offrait pourtant l’aspect déconcertant d’un curé de campagne, avec ses gros souliers carrés et sa soutane élimée. Il s’était imposé par les qualités les moins faites pour réussir dans un tel univers : la modestie, la sensibilité et la fraîcheur d’âme. Mais il admirait cette société et aimait plus encore la littérature. Les grands écrivains français (… et les autres) se retrouvent dans ce journal. Ils sont tous là, mêlés aux gens du monde, aux hommes politiques. C’est le « temps retrouvé », le monde de Proust qu’évoque jour après jour ce journal, document irremplaçable, et merveilleux roman de mœurs

Il a bien connu Huysmans, Anna de Noailles et Jean Cocteau. Il a croisé ou rencontré Mallarmé, Proust, Barrès, Céline, Gide, Valéry, et tant d’autres ! Il rapporte des anecdotes de premières mains sur Flaubert, Hugo, Zola, Maupassant, Rimbaud, Verlaine. Il a commencé avec le naturalisme et fini avec le surréalisme. De la Commune à la deuxième guerre mondiale, il a vu l’achèvement de la monarchie en France et l’avènement de la République. Bref, il a vécu l’une des périodes les plus excitantes de l’histoire de France et de sa littérature.

Toutes ces anecdotes sur les écrivains et propos rapportés ont l’effet de démystifier les hommes. Il y a beaucoup de jalousie, de mesquinerie, dans les jugements des uns sur les autres, rarement de l’estime. L’abbé Mugnier ne faisait que noter les propos, sans toujours les commenter, même s’il les réprouvait, il ne prenait pas toujours le temps de donner son avis.

Enfin, il y a un autre aspect de l’abbé à retenir, c’est son côté mondain, surtout lorsqu’il fréquentait Anna de Noailles et Jean Cocteau dont il était le confident. Il a passé beaucoup de temps dans les dîners de la haute société ; il détaille les menus raffinés (il découvre le caviar pendant la première guerre mondiale) et les fleurs qui ornent les tables (cet amour des fleurs le rapprochait de Proust).

Un document plein de fraîcheur et d’acuité, par exemple le descriptif d’un dîner chez les Jouvenel avec un portrait de Colette :

Page 394

1er juillet 1922

Eté déjeuné Boulevard Suchet chez les Jouvenel, c’est-à-dire chez M. Henry de Jouvenel et Colette. Un petit intérieur au rez-de-chaussée, avec petit salon tendu de tapisseries et un jardin qui n’est pas grand mais que le soleil de juillet rendait si charmant, avec ses géraniums et ses roses rouges crimson. Maginot, ministre de la Guerre qui est très grand et marche avec une canne parce qu’il boîte, est venu en retard. Il y avait à table avec lui la princesse Marthe Bibesco et les Jacques Porel. Le déjeuner fut abondant et très arrosé. Des pois de senteur sur la table. Colette avait à sa droite le ministre et à sa gauche, sa chienne, une brabançonne qui s’appelle Patipata et moi. Colette adore les plantes odoriférantes : roses, tubéreuses, gardénias, narcisses… la mélisse, la menthe… Colette a des cils peints et les yeux pers. M. de Jouvenel ne rayonne pas. Il parait soucieux. Colette admire Carco le nouveau grand écrivain.

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