Lu en mars 2020 – journaux et mémoires- Annie Ernaux l’atelier noir

 Annie ERNAUX, L’Atelier noir (2011)

Les lectrices de cet ouvrage apprécient l’œuvre de cette autrice qui « apporte une pierre à l’édifice du féminisme et de la libération des femmes » (nous lui avions consacré une séance entière du Cercle de lecture il y a plusieurs années). Par contre plusieurs n’ont pas accroché à la lecture de L’Atelier noir qui est l’expression de la genèse de cette œuvre : « C’est un journal de peine, de perpétuelle irrésolution entre des projets, entre des désirs. Une sorte d’atelier sans lumière et sans issue dans lequel je tourne en rond à la recherche des outils » alors que d’autres ont au contraire été vivement intéressées et touchées par cette plongée qu’elle nous fait partager.

Effectivement ce livre est composé de fragments du carnet de notes et de réflexion sur sa vie et ses recherches qui l’accompagnent sauf en période d’écriture, quand l’œuvre est mûre où elle l’abandonne.

Comme ses autres livres, c’est un ouvrage cru, où elle s’expose avec tout le danger que cela peut représenter, un aspect impudique où elle nous montre le corps-à-corps avec la création. Ce sont des allers-retours passé/présent, des doutes, des abandons, des confrontations avec d’autres œuvres qui font mûrir son travail. Et ce suivi lui permet à la fin d’exprimer cette intimité, c’est la distance entre les évènements et leur publication.

Elle expose comment elle s’immerge dans une période de sa vie « jusqu’à descendre dans chaque image, jusqu’à ce que j’aie la sensation physique de la rejoindre et que quelques mots surgissent dont je puisse dire que c’est vrai ».

Néanmoins sa démarche n’est pas nombriliste ; elle est toujours en quête du rapport entre le personnel et le social. « Commencer un livre, explique-t-elle, c’est sentir le monde autour de moi, acceptant de me dissoudre et de rendre la complexité du monde ».

On découvre la lente maturation d’un un projet global qui aboutira aux Années. Entre temps d’autres livres naissent ponctuellement, soit d’un pan de réflexion qui prend une ampleur autonome, soit d’une circonstance qui fait naître un besoin.

Ce livre est très riche d’enseignements sur Annie Ernaux, l’écriture et aussi sans doute sur notre propre rapport au monde

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