Lu en Mars 2020 -journaux et mémoires- Pierre Bergounioux Carnet de notes 1980 1990

Pierre Bergounioux, Carnet de notes (1980-1990, Ier tome)

Envoûtant, écrit d’une façon magistrale est addictif, ce journal, répétitif, est celui d’une vie « ordinaire » :

« Ce cahier parce que je sens que s’effacent, à peine posées, les touches légères qui confèrent aux heures de notre vie leur saveur, leur couleur. Il ne subsiste plus, avec l’éloignement, que des blocs de quatre ou cinq années teintés grossièrement dans la masse ».

Au-delà de ce quotidien de professeur de collège en ZEP de banlieue parisienne, jeune père de famille, de grandes lignes de la personnalité de Pierre Bergounioux de dégagent.

L’angoisse du temps : ne pas en maîtriser le souvenir (voir plus haut) mais aussi de ne pas avoir celui de connaître et comprendre le monde (il est hanté par la maladie et la crainte de disparaître). Lorsqu’il est en région parisienne, il passe le plus clair de sa vie à lire pour comprendre ; cela avec une exigence de dépassement de soi extrême, un corps à corps que l’on retrouve dans toutes les composantes de sa vie. Et il a la même exigence pour son entourage, d’où des jugements très durs parfois vis-à-vis de son fils aîné auquel à d’autres moment il montre un profond attachement.

Maîtriser le monde c’est aussi créer : écrire, peindre, sculpter avec la même tension que pour l’accumulation de connaissances, c’est aussi collectionner les pierres, les insectes (avec toute la famille) les livres (avec son frère). On découvre là un instinct de prédateur, comme dans la pêche à la truite.

En effet Bergounioux a la passion de la nature (il décrit magnifiquement les ciels), en particulier la haute Corrèze où il passe toutes ses vacances ou la vallée de la Dordogne à laquelle il voue une passion sans borne : « c’est la lumière de ma vie »; elle l’irrigue, la baigne, la nourrit de songes, de paix et la réconcilie ».

Mais sa passion sans limite, il la voue à sa femme qui échappe à toute critique : « La beauté pleine, la netteté des traits et tout ce que j’y ai lu au premier regard, dès le premier instant, me touchent en plein et me chavirent, comme la première fois »(Me.10.1.1990). « Cathy part, une nouvelle fois pour les États-Unis…elle prépare posément un gâteau aux noix qui restera comme un gage, un substitut de sa présence, égale, calmement résolue, attentionnée, tendre et nourricière, discrète, très agissante, unique, sans doute, placée par les fées sur mon chemin sinistre ». *Comptent énormément pour lui, les amis, sa famille, Brive (relation plus rugueuse avec les parents et Brive) : à travers ses passages pour visiter ses parents on découvre les transformations de la ville dans les années 80. C’est pourquoi quand des proches sont touchés par la maladie, le déclin, la mort, cet homme écorché est bouleversé, dans un complet désarroi.

C’est un homme sombre, pessimiste, souvent en guerre avec lui-même, victime de désillusions par rapport aux grandes espérances dont il avait pu rêver dans sa prime jeunesse, d’où une certaine âpreté du texte.

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