Atelier d’écriture de Juin 2020: jeu 1 fulgurance du souvenir

jeux 1 : la fulgurance du souvenir :

Une odeur, un son, une sensation réveille un souvenir…

La truite fraîchement pêchée…

Lorsqu’un pêcheur me rapporte une truite, la sort de son panier et la passe sous l’eau en la vidant, je me retrouve instantanément aux Laupies, en pleine Cévennes, dans la maison de mes grands parents, où un petit évier de pierre accueillait la pêche d’Elisée, mon cher « bon papa », fervent pêcheur qui traquait les « grosses mémères », comme il les appelait, dans les eaux claires de la Dourbie. Comment exprimer ce parfum de fougères coupées au fond du sac, mêlé à celui de ces belles truites fario, lisses et ornées de petits pois noirs et rouges, enveloppées d’un gel fin ? Entre effluves de fougère, d’amande, d’herbe et de bois, ruissellement de l’eau claire, dans l’évier, je sens une indescriptible odeur qui fait surgir les plus anciens souvenirs de ma petite enfance, gravés dans un coin profond de ma mémoire… C’est comme une grotte dans l’espace-temps de ma petite existence où demeurent éternellement vivantes de pures sensations auréolées de confiance, en un temps où le monde rayonnait de tranquillité sage, tant était souveraine la garantie qu’y apportaient les gestes et le savoir-faire bien rodé de mes grands parents… Bientôt mamie prenait sa poêle, et bon papa savait qu’elle les ferait cuire parfaitement « au bleu » et  l’on mangerait les filets bien détachés et fondants de ses belles « mémères », sublimées par le goût du beurre encore finement crémeux…

SD

J’ai acheté une nouvelle lessive aux huiles essentielles de jasmin et lorsque j’ai étendu mon linge je me suis sentie emportée 60 ans en arrière quand je m’amusais à passer entre les draps humides que venait d’étendre ma mère, cela me permettait de me rafraichir et braver ainsi le sirocco qui me brulait la peau. .. Quel délicieux parfum de mon enfance !

J’ai gardé un instant les yeux fermés pour capter et ressentir intensément cette fragrance omniprésente en Algérie : « oui, je me souviens … dès le matin quand j’ouvrais ma fenêtre, j‘étais littéralement envahie par le parfum envoutant du jasmin ! Alors même que cette mémoire olfactive déclenche en moi une indicible émotion réveillant les souvenirs de cette enfance insouciante j’ai la tristesse de constater que je ne supporte plus cette odeur, elle me provoque une crise d’asthme sans précédent. Mais pourquoi ? pourquoi cette allergie soudaine ? Pourquoi après m’être plongée dans mon passé, je sens les souvenirs qui s’éloignent de plus en plus ? Je dois me rendre à l’évidence, mon corps refuse de se prêter à cette mascarade et je lui en veux terriblement car je voudrais me souvenir de ces si beaux moments que mes parents disparus ne sont plus là pour me les rappeler.

SM

L’odeur du pin. Pas celui que l’on mange, non : l’arbre. En particulier le pin maritime, qui peuple les forêts du département des Landes où j’ai grandi. Cette odeur est synonyme de balades en forêt et de plage. Une odeur de résine que je retrouve parfois dans les forêts du Périgord, où l’on trouve d’autres types de pins, et qui me téléportent automatiquement dans les Landes. Je me revois avec ma sœur et mes parents, marchant pieds-nus sur les aiguilles de pin, entre le parking ombragé et le chemin sous la chaleur pour nous rendre à la plage. Avec la baignade tant attendue.

J’ai retrouvé cette odeur en juin, après la longue période de confinement… Et elle a pris une telle dimension !

LD

Je ne devais pas avoir plus de 6 ans et sur le chemin de l’école se trouvait une boulangerie.

C’était le grand-père Lapleau qui y était boulanger. Sa femme et lui y élevaient leur petit-fils, Pierre.

Chose assez étrange car ses parents habitaient avec ses sœurs, à deux pas, dans l’appartement en dessous du mien. Je n’en ai jamais connu la raison. Le garçonnet m’attendait chaque jour dans la boutique, pour partir à l’école.

Dès le pas de la porte, une odeur particulière, mélange de farine, de levain, de pâte en train de lever, mais aussi les effluves du pain en train de cuire se répandaient jusqu’à la rue. C’était une odeur chaude, vivante, presque épaisse. Je la humais à chaque fois avec un grand plaisir.

Les points de cuisson sont actuellement plus nombreux que les vraies boulangeries mais il arrive encore que je retrouve cette odeur lorsque je passe à proximité d’un fournil. C’est alors une vraie plongée dans mon enfance où l’un de mes principaux délices était une tartine de pain de seigle frais et croustillant, surmonté de crème fraîche.

Ddou

Tic-tac, tic-tac, tic-tac, tic-tac

Le balancier qui oscille me ramène à mon enfance

La sonnerie récurrente envahissait le silence

Sans toutefois jamais perturber mon sommeil

Le son cristallin du carillon familial

Qui trônait sur le mur de la salle à manger

Rythmait nos journées, le travail et les loisirs

Et sa suite de quatre notes est à jamais gravée dans mon cerveau.

Le dimanche à midi mon père le remontait

Pas plus de dix tours , surtout ne pas forcer !

Rituel immuable pendant tant et tant d’années

Qu’on s’est fait le devoir de tous perpétuer

La petite fille a grandi, le carillon est resté

Si son tic-tac inaltérable en irrite certains,

Quand je suis seule avec lui il me rassure et m’apaise.

maintenant que les sons se sont tus pour toujours

Dans ma tête ils me reviennent sans effort :

SOL FA MI SI

MI SOL FA SI

SOL FA SOL MI

SOL MI FA SI

SI FA SOL MI

Mpot

Fulgurance du souvenir

Vous est-il déjà arrivé de chercher en vain un souvenir qui ne veut pas revenir ? Et bien c’est ce que j’ai vécu, il y a peu.

Mais commençons par le commencement. Je tiens à dire en premier lieu qu’étant donné qu’il s’agit d’une histoire vraie, j’ai changé le nom d’un personnage. Depuis quelques temps, ma plus jeune fille s’est liée d’amitié avec une nouvelle voisine de son petit village. Malgré une petite différence d’âge le courant est très vite passé entre elles ainsi qu’entre leur mari respectif.

Le déconfinement oblige, les liens se sont resserrés autour d’un apéro ou d’un pique-nique improvisé avec les restes du frigo.

Dans ces moments là, on parle souvent de ses souvenirs d’école et de l’endroit où on habitait. Et voilà que sans le savoir, elles ont vécu à seulement 500 mètres l’une de l’autre et fréquenté la même école sans toutefois se parler.

Quelques temps plus tard ma fille me rend visite.

« – Tu te rends comptes maman, la famille d’Élodie et nous, on était presque voisin. Tu te souviens de sa mère ? Elle amenait ses filles au primaire quand toi tu nous déposer mes sœurs et moi ?

– Non ma puce, ça ne me dit rien.

– Mais si maman, rappelle toi. Une dame un peu sévère,avec ses deux filles, une brune et une rousse.

-Désolée mais je ne vois pas.

-Mais si, elle portait des jupes « crayon » et elle se peignait toujours de la même façon, avec une mèche bien laquée.

– Écoute, j’ai beau chercher mais ça ne me dit rien.

– Mais fais un effort. Elle ne disait bonjour à personne. Elle se tenait droite comme un i avec un petit air dédaigneux.

-Bon, ma puce, ça suffit. Je ne connais pas cette personne. Fin de la discussion. »

Pourtant, je dois avouer que l’insistance de ma fille m’avait titillée. Et pendant plusieurs jours, je me suis creusé la cervelle pour me souvenir. De cette époque nostalgique où mes filles avaient encore besoin de moi pour les transporter, il ne me restait que peu de choses.La plus présente à mon esprit était la peur d’être en retard car avant que mes trois princesses soient prêtes, il en fallait du temps. Bien sûr, dans ces années là, je connaissais plusieurs mamans, mais celle d’Élodie, non.

Un jour que nous rentrions à la maison, mon mari roulait doucement, non seulement parce que la route est dangereuse, mais aussi pour regarder les nouvelles maisons. Mes yeux se portent alors sur le chemin qui mène à une impasse, juste à quelques centaines de mètres de chez nous. Et là, magie de la fulgurance du souvenir !

« -ça y est je sais, je sais, je sais.

-Et tu sais quoi ? » M’a demandé mon mari tout surpris de mon intervention qui n’avait aucun rapport avec notre conversation.

« -Je sais qui est la mère d’Élodie. Je la revois comme si c’était hier, elle habitait dans l’impasse. » Toute contente, je me suis dépêchée d’envoyer un message à ma fille pour lui dire que j’avais trouvé. Sa réponse fut simple

« -Ah ! Tu vois quand tu veux. »

Et bien figurez-vous, qu’après ce jour là, pendant un certain temps, je n’ai pas arrêté de penser à cette personne à qui je n’avais jamais parlé. Je la revoyais nettement sur le trottoir de l’école, avec ses jupes strictes, sa mèche bien en place et son petit air pincé. Je n’ai jamais revu cette dame et c’est dommage car après tout, qui sait on aurait peut-être pu devenir amies, comme nos filles.

DC

Pendant le confinement, un internaute a partagé sur face book l’hommage à Sepulveda de l’Orchestre National du Chili qui m’a bouleversée. L’émotion était palpable. Les musiciens et les chanteurs formaient un cercle compact, uni chaleureux en totale opposition avec la « distanciation sociale » promue à chaque heure d’écoute. Le profond chant de lutte partagé inscrivait l’écrivain dans l’histoire du Chili, ses désillusions, la persistance du combat. Au delà de la communion autour de cet auteur aimé, si je m’y reconnaissais aussi intimement, c’est que cette chanson, transmise par les Quilapayun est une de celles qui a formé l’univers musical de ma jeunesse. En émergeaient les images de tous mes appartements, les visages de mes amis d’alors, les chagrins, les espoirs personnels et politiques, et ça faisait corps avec ce qui se déroulait sur l’écran.

DDor

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