feuilleton 2020-21 Un secret de famille – 1 – Adèle

Témoignage 1

Adèle épouse de l’oncle Albert

Adèle : Que veux- tu que je te dise au sujet de ta sœur Madeleine ? Je ne suis pas la mieux placée pour t’en parler bien que je sois née au village et que j’ai connu tous tes frères et sœurs.

Annette : tu n’es guère plus âgée qu’elle alors tu dois bien te rappeler un peu d’elle.

Adèle : Dans mon souvenir Madeleine était une petite fille obéissante et bonne élève me semble t’il. De toutes les manières toute la fratrie « marchait » très bien à l’école primaire. A cette époque tous les parents attribuaient autant d’importance aux études qu’à la discipline. Ton père était très sévère avec ses enfants et n’acceptait aucun écart d’indiscipline. Madeleine ne semblait poser aucun problème. Elle était polie avec les gens du village, s’occupait de ses frères et sœurs et surtout lisait beaucoup de livres qu’elle empruntait à la bibliothèque. Toutefois, si je peux donner mon avis elle semblait à la fois soumise et détachée comme si elle attendait patiemment autre chose d’un futur plus ou moins proche. Elle est allée au collège où elle s’est ouverte sur un autre monde que le monde familial. Tu n’es pas sans savoir que les années 60 nous ont fait découvrir une façon de vivre plus libre même si les filles étaient encore sous le joug paternel. C’est à ce moment- là que Madeleine a changé mais j’aimerais autant que tu interroges tes parents à son sujet.

Annette : oui je le ferai mais j’aimerais que tu m’en dises peu plus étant donné que tu as un regard extérieur.

Adèle : Oui, je comprends mais c’est un peu gênant de parler à la place de tes parents.

Annette : c’est si grave pour que tu sois aussi réticente ?

Adèle : Pour moi, il n’y a rien de grave mais pour tes parents ce fut un cataclysme. Un été, une colonie de vacances s’est installée au village. Des adolescents et des moniteurs venus de PARIS durant les deux mois de vacances ont réveillé le village et fait connaître à la jeunesse de nouvelles choses. Parmi eux il y avait une jeune fille avec qui Madeleine s’était liée . Elle s’appelait Françoise et ne plaisait pas du tout à tes parents. C’était une fille qui s’était libérée du joug familial et qui faisait connaître à Madeleine des interdits tant en lecture qu’en musique : Simone de Beauvoir, Françoise Sagan , Gisèle Halimi, les Beatles et tous les groupes anglais ;le blue-jean, les nouvelles coupes de cheveux, les cigarettes étaient devenus le nouvel univers de Madeleine. D’ailleurs, je dois t’avouer que je l’enviais un peu et il m’arrivait de lui emprunter ses lectures et de fumer en cachette.

Annette : Ah bon ? Je ne vois pas trop le problème.

Adèle : Il faut que tu essaies de te remettre dans ces années. La majorité était à 21 ans et les femmes n’ont pu gagner leur indépendance financière qu’en 1965. Ta sœur voulait braver tous les tabous et a commencé à s’acheter des pantalons, à fumer des Lucky Strike , à se maquiller outrageusement , à se teindre en blonde et avoir Marilyn Monroe comme idole. Elle avait accroché dans sa chambre un poster de Martin Luther King, noir américain qui luttait pour l’égalité aux USA . Un soir, après une énième dispute , ton père ne supportant plus cette attitude qui lui faisait honte l’a mise à la porte . Elle est donc partie et a rejoint son amie. Toutes les deux ont décidé de partir en INDE rejoindre un groupe d’amis de Françoise déjà sur place. Après 3 mois elle est rentrée mais ce n’était plus la même Madeleine. Elle a essayé de reprendre contact avec sa famille mais ni Joseph ni Yvonne n’ont voulu la recevoir. Elle est donc repartie et n’a jamais remis les pieds au village. Il y a 5 ans de cela j’ai appris par ton oncle qu’elle était en Ethiopie pour étudier les différentes tribus de la vallée de l’Omo… Je n’en sais pas plus si ce n’est que je crois qu’elle maintient des liens avec ses frères et sœurs et peut être avec ses oncles voire Grand père Marcellin. Tu peux continuer tes recherches auprès d’eux si tu veux.

Annette : je te remercie de m’avoir parlé d’elle mais peut-être en sais- tu plus que tu ne veux me le dire et qu’entre vous une correspondance s’est établie, non ?

Adèle : je te promets, je ne sais rien de plus si ce n’est que je regrette vraiment de ne plus la voir.

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