Lu pendant l’été 2020 – poésie- Bernard Noël

Bernard NOËL (né en 1930)

C’est un poète, essayiste, critique littéraire, né en 1930.

Il a animé des émissions sur la poésie à la radio.

Sa poésie explore les liens entre le corps et l’écriture. Bernard Noël souhaite annuler la différenciation entre corps et texte, le poète étant l’initiateur du corps-texte ou texte-corps. Ainsi la poésie de Bernard Noël peut être considérée comme un « parti pris du corps ».

Voici un extrait :

Parfois
ouvert à ce qui s’ouvre
je suis ce que j’écris
mais l’ouvert est trop vaste
pour ma bouche
Parfois
j’écris contre moi
j’écris mon nom sur mon corps
et ma peau voudrait se retourner

Les dieux sont bêtes
ils gardent notre vieille maison
pendant que l’immédiat s’écroule
dans l’idée
Entre les choses et moi
je vois la venue
du là
qui n’est jamais tout à fait là
Chaque mot maintient la distance
et pourtant dans chaque mot
je la mange
Le présent n’a pas de lieu
La source n’est pas dans la source
Je me dénombre
pour dérouiller mes yeux

Revue Les Lettres nouvelles février-mars 1977

lu pendant l’été 2020 – poésie – Pierre Jean Jouve

Pierre Jean JOUVE (1887-1876)

Pierre Jean Jouve est un écrivain, poète, romancier et critique français.

Pierre Charles Jean Jouve a eu « plusieurs vies ». Avant 1914, il est un des écrivains de l’unanimisme, ce mouvement créé par Jules Romains, puis un membre actif du mouvement pacifiste animé par Romain Rolland pendant la Première Guerre mondiale.

À partir de 1921, une profonde rupture a lieu grâce à sa seconde épouse, la psychanalyste Blanche Reverchon, traductrice de Sigmund Freud (1923) et amie de Jacques Lacan. Elle fait de lui l’un des premiers écrivains à affronter la psychanalyse et à montrer l’importance de l’inconscient dans la création artistique — et cela dès le milieu des années 1920. On peut citer parmi les œuvres de cette époque ses recueils de poèmes : Les Noces (1925-1931), Sueur de Sang (1933-1935), Matière céleste (1937), et ses romans : Le Monde désert (1927), Hécate (1928), Vagadu (1931), La Scène capitale (1935), et le plus connu Paulina 1880, paru en 1925 (adapté au cinéma en 1972 par Jean-Louis Bertucelli).

Poème « Hélène »

Que tu es belle maintenant que tu n’es plus

La poussière de la mort t’a déshabillée même de l’âme

Que tu es convoitée depuis que nous avons disparu

Les ondes les ondes remplissent le cœur du désert

La plus pale des femmes

Il fait beau sur les crêtes d’eau de cette terre

Du paysage mort de faim

Qui borde la ville d’hier des malentendus

Il fait beau sur les cirques verts inattendus

Transformés en églises

Il fait beau sur le plateau désastreux nu et retourné

Parce que tu es si morte

Répandant des soleils par les traces de tes yeux

Et les ombres des grands arbres enracinés

Dans la terrible

Chevelure celle qui me faisait délirer

Lu pendant l’été 2020- poésie – Ponge

Francis PONGE (1899-1988)

Plus contemporain, ce poète a des liens avec le surréalisme, même s’il n’a jamais adhéré au mouvement

Son ouvrage le plus connu Le Parti pris des choses est un recueil de poèmes en prose écrit en 1942. Ponge décrit des « choses », des éléments du quotidien, délibérément choisis pour leur apparente banalité. L’objectif de ce recueil est de rendre compte des objets par une description la plus précise possible tout en exaltant de la beauté leur beauté par la richesse des images

La bougie

La pluie parfois ravive une plante singulière dont la lueur décompose les chambres meublées en massifs d’ombre. Sa feuille d’or tient impassible au creux d’une colonnette d’albâtre par un pédoncule très noir. Les papillons miteux l’assaillent de préférence à la lune trop haute, qui vaporise les bois. Mais brûlés aussitôt ou vannés dans la bagarre, tous frémissent aux bords d’une frénésie voisine de la stupeur. Cependant la bougie, par le vacillement des clartés sur le livre au brusque dégagement des fumées originales encourage le lecteur, – puis s’incline sur son assiette et se noie dans son aliment.

Lu pendant l’été 2020 – poésie – Nerval

Gérard DE NERVAL (1808-1855)

Gérard Labrunie, dit Gérard de Nerval, est un poète français romantique du XIXe siècle.

Sa mère est morte en Allemagne deux ans après sa naissance et il a vécu ses premières années chez son oncle Antoine Boucher à Mortefontaine.

Il a fait ses études à Paris où il s’est lié d’amitié avec Théophile Gautier. Ses premiers textes littéraires sont des élégies inspirées par l’épopée napoléonienne (Napoléon et la France guerrière, élégies nationales, 1827).
En 1828, imprégné de culture germanique, il révèle à ses contemporains Goethe dont il traduit le Faust. À la même époque, il se fait journaliste, se lie avec les principaux écrivains romantiques du Cénacle (Hugo, Nodier, Petrus Borel, etc.) et se mêle à la bohème littéraire de l’époque qui donne bals, soupers, fêtes costumées, Petits châteaux de Bohème.

À la suite d’une manifestation du Petit Cénacle, il est arrêté et emprisonné à Sainte-Pélagie, Nerval écrit un petit poème aussitôt publié dans Le Cabinet de lecture du 4 septembre 1831. De nouveau dans la nuit du 2 février 1832, les Jeunes-France sont arrêtés, pris pour des conspirateurs, et cette fois leur peine est plus longue.

Lorsqu’il est sorti de prison le 2 avril 1832, son père médecin lui a demandé de le seconder lors d’une épidémie de choléra ainsi est-il devenu médecin.

En 1834, il s’éprit passionnément mais sans succès de l’actrice et chanteuse Jenny Colon. Désespéré par son mariage avec une autre, il est entré dans un état d’exaltation qui lui valut d’être soigné pour troubles mentaux pendant 6 mois dans une maison de santé, la clinique du docteur Blanche en 1814.

Ses œuvres les plus célèbres (« Aurélia », « Les Filles du feu ») naissent à cette époque, dans un état de détresse mentale toujours accentuée. Il est retrouvé pendu le 26 janvier 1855, rue Vieille-Lanterne à Paris.

Voici la première strophe d’un de ses poèmes les plus connus : « El Desdichado »

Je suis le Ténébreux, – le Veuf, – l’Inconsolé,

Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie :

Ma seule Etoile est morte, – et mon luth constellé

Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Lu pendant l’été 2020 – Poésie- Aragon

Louis ARAGON (1897-1982)

Le Roman inachevé (1956)

D e nombreux textes d’Aragon connus par leur mise en musique par Férré ou Ferrat notamment sont issus du Roman Inachevé, l’autobiographie en vers d’Aragon.

Il se retourne sur son passé, souvent avec douleur et amertume, comme dans cette évocation de sa jeunesse :

Ce qu’il m’a fallu de temps pour comprendre…

Parce que c’est très beau la jeunesse sans doute

Et qu’on en porte en soi tout d’abord le regret

Mais le faix de l’erreur et la descente aux soutes

C’est aussi la jeunesse à l’étoile des routes

Et son lourd héritage et son noir lazaret

Les textes sont limpides. L’écrivain va à l’essentiel avec des mots précis, des images puissantes qui frappent le lecteur

Ainsi ses quelques vers évoquant l’Italie :

Il régnait un clair d’anémone
Qui donnait la pâleur du plomb
A ces vieux palais noirs ou blonds
Dont les courbes de violon
Disaient qu’on était à Crémone
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Lu pendant l’été 2020- Poésie – Apollinaire

Guillaume APOLLINAIRE (1880-1918)

Guillaume Apollinaire est né à Rome en 1880. Il est l’enfant non désiré d’une mère Polonaise prénommée Angelika Kostrowicka, maîtresse d’un noble. À sa naissance, celle-ci a voulu rester anonyme, elle ne le reconnaît que quelques mois plus tard sous le nom de Guglielmo Alberto Wladimiro Alessandroi Apollinare de Kostrowitzky. Son père serait un officier italien, Francesco Flugi d’Aspermont. En 1882, elle lui donne un demi-frère, Alberto Eugenio Giovanni. En 1887 elle s’installe à Monaco avec ses fils sous le nom d’Olga de Kostrowitzky. Très vite elle y est arrêtée et fichée par la police comme femme galante, gagnant probablement sa vie comme entraîneuse dans le nouveau casino. Guillaume, placé en pension au collège Saint Charles, dirigé par les frères Maristes, y fait ses études de 1887 à 1895, et se révèle l’un des meilleurs élèves. Puis il est inscrit au lycée Stanislas de Cannes et ensuite au lycée Masséna de Nice où il échoue à son premier baccalauréat et ne se représente pas.

Il est considéré comme l’un des poètes français les plus importants du XX siècle, et a fait l’objet de plusieurs adaptations en chansons au cours du siècle. Il a un temps expérimenté la pratique du calligramme (terme de son invention, quoiqu’il ne soit pas l’inventeur du genre lui-même, désignant des poèmes écrits en forme de dessins et non de forme classique en vers et strophes). Il fut le chantre de nombreuses avant-gardes artistiques de son temps, notamment du cubisme et de l’orphisme, à la gestation desquels il participa en tant que poète et théoricien de l’Esprit. Il a été l’ami de nombreux artistes comme Pablo Picasso. Continuer la lecture de « Lu pendant l’été 2020- Poésie – Apollinaire »

Lu pendant l’été 2020- Poésie- Rimbaud

Arthur RIMBAUD (1854-1891)

Jean Nicolas Arthur Rimbaud est né le 20 octobre 1854 à Charleville-Mézières dans les Ardennes. Arthur est le deuxième enfant de la famille qui en compte cinq. Son père, capitaine d’infanterie, est souvent absent jusqu’au moment où il abandonne femme et enfants. Sa mère les élève seule, suivant des principes stricts. Le jeune Arthur est un élève brillant, il remporte des prix de littérature dès son adolescence en écrivant des poèmes en latin. Grâce à sa plume talentueuse, il remporte divers prix dont le premier prix du Concours académique en 1869. Jeune homme ambitieux et révolté contre l’ordre des choses, il voit la poésie comme un moyen de les faire évoluer. 

C’est en 1870 qu’est publié son premier poème « Les Etrennes des orphelins ». Un nouveau professeur, Georges Izambard, vient enseigner dans le lycée d’Arthur. Grand amateur de poésie, l’enseignant l’initie à cet art. Rimbaud découvre notamment la poésie parnassienne et brille par son style et sa maturité. En août, la France entre en guerre contre la Prusse. Arthur, alors âgé de 16 ans, fait sa première fugue à Paris. Il écrit le célèbre poème « Le Dormeur du Val« . 

Paul Verlaine, à qui Rimbaud a envoyé ses écrits, est touché par les vers du jeune homme et l’invite à Paris : « Venez, chère grande âme, on vous appelle, on vous attend ». Rimbaud s’y rend aussitôt, emportant avec lui son poème « Le bateau ivre« . S’ensuivent deux années d’errance et de vagabondage. Ils vivent à Paris chez Verlaine (lui-même étant marié et vivant en ménage) et mènent une vie de bohème en fréquentant les bars du quartier Latin. Puis, les deux amants passent par Bruxelles et Londres. Leur liaison s’achève violemment. Le 8 juillet 1873, Verlaine et Rimbaud se disputent et décident de se séparer. Verlaine, en état d’ébriété, tire sur Rimbaud et le blesse. Verlaine sera condamné par la justice belge à deux ans de prison. Peu après, Rimbaud achève et publie « Une saison en enfer« , dans laquelle il témoigne de sa souffrance. Sa blessure sera la cause de sa mort. Celui que Verlaine avait surnommé « l’homme aux semelles de vent » poursuivit seul ses voyages. Il écrit le recueil « Illuminations » qui comprend 57 poèmes, parus en 1886 dans lesquels l’éblouissement des images atteint son paroxysme mais où il faut accepter l’obscurcissement de la compréhension. Aurait-il pu continuer une œuvre.

À 19 ans, Rimbaud choisit d’abandonner la poésie. Rimbaud enchaîne les destinations : Hollande, Suisse, Allemagne, Italie, Chypre… En 1880, il devient gérant d’un comptoir commercial en Abyssinie. En 1886-87, il se lance dans le trafic d’armes dans l’espoir de devenir riche. L’affaire se révèlera un désastre. En 1891, il souffre de douleurs au genou et se fait rapatrier en France. A Marseille, les médecins découvrent une tumeur au genou. Rimbaud doit immédiatement se faire amputer de la jambe droite. La maladie progresse et Rimbaud meurt le 10 novembre 1891 à Marseille à l’âge de 37 ans. Il est enterré au cimetière de Charleville-Mézières Continuer la lecture de « Lu pendant l’été 2020- Poésie- Rimbaud »

A Lire pour Novembre 2020 : thème la vie au travail

Pour le mois de Novembre, nous avons d’ores et déjà mis les livres en circulation, ce sera le thème de « La Vie au travail » :

  • À la ligne de Joseph Ponthus (1 exemplaire actuellement emprunté)
  • Les Enchaînés, un an avec des travailleurs précaires et sous-payés de Thomas Morel (1 exemplaire disponible dès demain 24/09)
  • Le Bateau-usine de Kobayashi Takiji (1 exemplaire disponible dès demain 24/09 ; 1 autre demandé à la Bibliothèque départementale)
  • Putain d’usine de Jean-Pierre Levaray (1 exemplaire disponible dès demain 24/09 ; 1 autre demandé à la Bibliothèque départementale)
  • Des nuages plein la tête de Brice Delsouiller (1 exemplaire disponible dès demain 24/09 ; 1 autre demandé à la Bibliothèque départementale)
  • L’Escarbille de Michel Chabot (1 exemplaire actuellement emprunté)
  • Journal d’un manœuvre de Thierry Metz (1 exemplaire actuellement emprunté ; 1 autre demandé à la Bibliothèque départementale)

 

A LIRE POUR 20 OCTOBRE 2020

Nous finirons de discuter des lectures de l’été.
Le thème de L’Amour et du mariage au Théâtre sera abordé lors de cette soirée, vous avez donc encore du temps pour lire les livres :

 

Lu en Mars 2020 -journaux et mémoires- Pierre Bergounioux Carnet de notes 1980 1990

Pierre Bergounioux, Carnet de notes (1980-1990, Ier tome)

Envoûtant, écrit d’une façon magistrale est addictif, ce journal, répétitif, est celui d’une vie « ordinaire » :

« Ce cahier parce que je sens que s’effacent, à peine posées, les touches légères qui confèrent aux heures de notre vie leur saveur, leur couleur. Il ne subsiste plus, avec l’éloignement, que des blocs de quatre ou cinq années teintés grossièrement dans la masse ».

Au-delà de ce quotidien de professeur de collège en ZEP de banlieue parisienne, jeune père de famille, de grandes lignes de la personnalité de Pierre Bergounioux de dégagent.

L’angoisse du temps : ne pas en maîtriser le souvenir (voir plus haut) mais aussi de ne pas avoir celui de connaître et comprendre le monde (il est hanté par la maladie et la crainte de disparaître). Lorsqu’il est en région parisienne, il passe le plus clair de sa vie à lire pour comprendre ; cela avec une exigence de dépassement de soi extrême, un corps à corps que l’on retrouve dans toutes les composantes de sa vie. Et il a la même exigence pour son entourage, d’où des jugements très durs parfois vis-à-vis de son fils aîné auquel à d’autres moment il montre un profond attachement. Continuer la lecture de « Lu en Mars 2020 -journaux et mémoires- Pierre Bergounioux Carnet de notes 1980 1990 »